Dinan: une belle preuve d'humanité et de citoyenneté

Publié le 19/11/2014


Un SDF est amené à l'hôpital par les pompiers. Son chien se sauve. Citoyens et policiers municipaux se sont unis por rattraper et protéger le sympathique quadrupède.


Depuis près de deux ans, Jean-François, un garçon de 27 ans originaire du pays de Dinan, squatte contre un mur, à l'extérieur, juste à côté de la porte d'entrée de l'immeuble le Celtic, place Duclos. Été comme hiver, jour et nuit, tel un bouddha amaigri, il reste là, impassible, toujours à côté de Flocon, son chien noir - croisement bâtard labrador - tout aussi placide.
 

Ange déchu

Jean-François mange peu. Si on lui donne un sandwich, il le file illico à Flocon, qui s'en pourlèche les babines. Remarquez, il ne manque jamais de croquettes. Jean-François y veille. Le seul déplacement qu'il s'autorise, c'est d'aller au Carrefour City chercher de la nourriture canine... et ses bières. Qu'il paye rubis sur l'ongle, grâce à son allocation adulte handicapé. Car Jean-François ne fait jamais la manche. Vous avez dit autarcie ?

Depuis un an, Jean-François n'a plus pris de douche, porte les mêmes vêtements, qui ont fini par s'incruster dans sa peau. Sa parka n'est plus que lambeau sans manche. Ce n'est pas faute de s'en être fait proposer de nouveaux par la Croix-Rouge ou des anonymes compatissants. D'ailleurs, autant sa famille, très présente, que les collaborateurs du maire, le CCAS, des associations, ont tout tenté pour le sortir de là, lui proposant un logement adapté, des aides en tout genre. Il a toujours refusé. Poliment.

Jean-François est beau comme un ange, déchu. Pas étonnant que les habitants du Celtic l'aient pris sous leur aile. Ils auraient pu, devant les mauvaises odeurs, les couvertures étalées, les canettes éparpillées, demander, comme c'est souvent le cas, de les en débarrasser. Au contraire. Ils en prennent soin, lui disent quelques mots aimables, grattouillent les oreilles de Flocon, qui se fend d'une grosse léchouille affectueuse. Et quand les gendarmes sont venus une fois ou deux chercher des poux à Jean-François pour l'obliger à partir ailleurs (où ?) les vieilles dames de l'immeuble, accompagnées de leurs caniches, des potes à Flocon, ont pris sa défense. « Laissez-le tranquille. Il ne fait de mal à personne. »
 

« Occupez-vous de Flocon »

Alors quand, vendredi matin, le corps de Jean-François a flanché, les mamies se sont inquiétées. Incapable de bouger, prostré, il a été amené d'urgence à l'hôpital par les pompiers. C'est à ce moment que Flocon en a profité pour prendre la poudre d'escampette. Sur sa civière, Jean-François n'a eu qu'un mot : « Occupez-vous de Flocon ! »

Tout de suite, Isabelle Bréhinier, la collaboratrice personnelle du maire Didier Lechien, prend les choses en main. « Le maire demande qu'on retrouve Flocon et qu'on le garde à la fourrière municipale aux services techniques afin qu'il soit en sécurité et que Jean-François le retrouve à sa sortie de l'hôpital. »

Les policiers municipaux et les agents de la mairie sont sollicités. Une grande battue commence, à la recherche du chien perdu. Principale inquiétude : qu'il ne se fasse heurter par une voiture. Mais l'animal connaît bien le secteur. Se cache dans de sombres repères.
 

Mais où est passé ce chien ?

À 13 h, il pointe enfin le museau au pied du Celtic, la truffe au vent. Isabelle Bréhinier l'aperçoit. Réussit, grâce à des paroles rassurantes, à le faire monter dans sa voiture. Direction les services techniques. Mais juste avant de rentrer dans la niche aménagée, Flocon fait un bond et file à toutes pattes. « C'est vexant, souffle Isabelle. Tout est à recommencer. »

Toute la journée la traque continue. Jusqu'à 23 h, le téléphone portable de Tony Crespin, le chef de la police municipale, sonne sans cesse. Les Dinannais, en veille, appellent. « Il est rue de La Mittrie. » « Je viens de le voir rue Thiers. » À chaque fois, les policiers municipaux accourent. Mais, arrivé à moins de dix mètres, le taquin Flocon se sauve. « C'est notre uniforme qui le dérange, je suppose », analyse Tony Crespin, philosophe.
 

Au chaud à la niche

Vers 23 h 30, Flocon est de retour devant le Celtic. Un bon samaritain lui apporte une couverture pour qu'il dorme au chaud. Les serveurs du restaurant à côté, touchés, viennent lui apporter à manger. Mais Flocon cherche toujours son maître, hurle à la mort.

Samedi matin, il court toujours. Pugnace, le chef de la police municipale, tente une ruse. Il donne la laisse de Flocon à un SDF qui connaît bien le chien. En deux temps, trois mouvements, il l'attrape sur l'esplanade de la Résistance. Soulagé, Tony Crespin l'amène à la niche. Va-t-il y rester longtemps ? « Le week-end, au moins. Les agents de garde viendront le nourrir et lui faire des caresses régulièrement. Chose certaine, pas question qu'il aille au chenil de Plérin. On va tout faire pour le placer dans la famille de Jean-François pour qu'il le retrouve quand il ira mieux. Je vais les contacter dès lundi matin. »

 
Flocon est traité « aux petits oignons » par les agents des services techniques  qui lui ont mis de la paille dans sa cage, autour de sa niche douillette.

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