Association humanitaire de sapeurs - pompiers

Interview - Vivre dans la rue : Une réalité - ma Vérité sur


Dans « Si vous saviez ! La rue, une réalité », Thierry Velu dénonce une prise en charge insuffisante des personnes sans-abri et propose des solutions durables.
 
« Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne. » (Article 3 de la Déclaration universelle des droits de l’homme)

« Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté. » (Article 25.1 de cette même déclaration).
 
Pourtant, aujourd’hui en France, plus de 150 000 personnes, dont au moins 20 000 enfants, vivent de façon durable dans la rue ou ont recours à des séjours répétés dans des centres d’hébergement. Une personne sur vingt s’est retrouvée sans logement personnel au cours de sa vie (Insee 2009). Les personnes sans domicile sont confrontées à des situations difficiles, elles cumulent les expériences douloureuses du « sans » : sans toit mais aussi souvent sans droits, sans ressources, sans sécurité, sans défense, et parfois sans confiance, dans les institutions et dans les autres.
 
Vivre dans la rue en France
 
La France est aujourd’hui la cinquième puissance économique mondiale, derrière les États-Unis, la Chine, le Japon, l’Allemagne et devant le Royaume-Uni. Pourtant, des personnes y vivent dans la plus grande des misères, bien souvent loin des regards et dans une totale indifférence. Pourtant, vivre, ou plutôt survivre, à la rue constitue une épreuve permanente. Y abandonner des gens est une atteinte aux droits de l’homme.
 
Des mesures ont certes été prises ces dernières années pour ouvrir davantage de places en centres d’hébergement, surtout l’hiver, mais elles restent insuffisantes et inadaptées. Nombreux sont les enfants, les femmes et les hommes qui continuent à dormir dans la rue ou dans des abris précaires, malgré des hivers très rigoureux, humides et froids. On sait aussi que le Samu social (115) est régulièrement saturé et qu’il ne peut répondre à toutes les demandes.
 
Les centres d’hébergement d’urgence proposent un abri pour une nuit dans la perspective d’orienter la personne vers une structure adaptée permettant de plus longs séjours. Or, aujourd’hui, ces orientations sont impossibles car le dispositif est engorgé – et les centres d’hébergement d’urgence saturent à leur tour. Ce phénomène a déjà été mis en évidence par différents acteurs sociaux.
 
Chaque hiver montre ainsi les lacunes de notre société à protéger les citoyens les plus démunis et livrés à eux-mêmes, ces citoyens que l’on regroupe, assez hypocritement, sous la bannière de « SDF » pour « sans domicile fixe ». Chaque année, les mêmes discours d’appel pour des logements sont effectués et de nouveaux projets sont annoncés aux médias. On assiste aux mêmes reportages en période de froid, aux mêmes coups médiatiques de ministres se rendant dans un centre d’accueil (nettoyé et remis à neuf avant leur passage), aux mêmes enquêtes d’investigation des médias dénonçant par ailleurs des lieux d’accueil insalubres ou la non-prise en charge des personnes par le 115… Et rien n’avance. Au contraire, cela empire !
 
Mettre l’accent sur les solutions de long terme, non sur les dispositifs d’urgence
 
La persistance et l’aggravation du phénomène montrent bien que notre société ne parvient pas à traiter véritablement l’exclusion. Alors, que faire ?
 
Certes, il n’existe aucun remède miracle et chaque personne à la rue reste un cas unique, même si les motifs de l’exclusion demeurent souvent identiques, et dans tous les tous cas identifiables, définis et catégorisables. Mais ne nous voilons pas la face : pendant trois saisons en France, notre État détourne les yeux du problème des sans-abri. Puis, à l’arrivée de la saison hivernale et du marronnier médiatique des SDF, devenus des stars bien malgré eux face au froid, l’État s’active pour mettre en place des dispositifs d’accueil de court terme, en attendant que l’actualité change.
 
Mais aucun gouvernement ne semble, à ce jour, avoir travaillé pour traiter le problème des SDF à la racine, ce qui cause un engorgement des centres d’hébergement pour les personnes en grande précarité qui devraient être prises en charge. Pour désengorger les centres, des mesures ont été mises en place en limitant la durée d’hébergement, ce qui provoque la « re-mise » à la rue des personnes, sans se soucier de leur avenir. Comment parvenir à sortir de la rue dans de telles conditions et reprendre confiance en la société ?
 
Le système est inefficace, et tout ce qui est fait pour le consolider renforce cette inefficacité, voire cette incompétence. J’ai la profonde conviction de l’inutilité de gonfler le dispositif d’hébergement d’urgence : l’effort doit être concentré sur le logement social et le travail, en amont de la prévention. Face à ce constat, à ce combat, et en tant que président fondateur du Groupe de Secours Catastrophe Français, j’ai souhaité écrire un livre.
 
Si vous saviez ! La rue, une réalité : nos solutions
 
Si, dans ce livre, je dénonce cette inaction, j’évoque également des solutions en mettant l’accent sur l’importance d’actions en amont :
-          renforcer les mesures d’hébergement : éviter le court séjour et privilégier le long terme ;
-          agir en amont : interrompre l’hémorragie de la mise à la rue en mettant en place une agence nationale pour prendre en charge les personnes à risque ou susceptibles de se retrouver à vivre dehors ;
-          changer la bureaucratie (aujourd’hui, les compétences se chevauchent entre Etat, départements, mairies, associations et organismes) : instaurer une hiérarchie dans le système, un « qui fait quoi et qui gère quoi » ;
-          résoudre les incohérences du Samu social : le GSCF, mais aussi d’autres acteurs comme Médecins du Monde ou Mediapart, ont constaté des dysfonctionnements dans la prise en charge du 115 ;
-          responsabiliser les personnes sans-abri : arrêter d’infantiliser les personnes à la rue pour mettre en place une confiance mutuelle ;
-          procéder à une évaluation des services : proposer aux personnes sans-abri des questionnaires de satisfaction concernant les établissements médico-sociaux et les services d’urgence ;
-          agir de façon pérenne : mettre en place des mesures d’accompagnement pour aider les personnes sans-abri à se réinsérer et à retrouver emploi et logement.
 
Si vous saviez ! La rue, une réalité est un livre volontairement bref pour être lu et partagé, et qui a pour but, avec des mots simples, de vous faire toucher ce quotidien inconnu. Je vous invite à le commander pour nous soutenir dans notre combat contre cette extrême précarité, cette urgence à la porte de chacun.
 
La création d’un sac d’accompagnement, en attendant de vraies solutions…
 
Afin de proposer une alternative au manque de places, le Groupe de Secours Catastrophe Français a également créé un sac d’accompagnement ou kit de survie. Ce sac répond à des besoins spécifiques étudiés avec les personnes de la rue. Il comprend des objets de survie (sac de couchage, gourde, couverts, vêtements chaud, lampe, etc.), une trousse de soins et une trousse de toilette.
 
La première distribution a eu lieu en octobre 2011. Elle est assurée depuis par des bénévoles dans toute la France. Le financement des sacs se fait grâce aux fonds récoltés par l’association : des dons de particuliers, d’entreprises, de mairies et d’un conseil général à ce jour. De même, l’ensemble des bénéfices du livre sera reversé au GSCF. Ainsi, 30 livres vendus permettrons d’offrir un kit de survie à une personne sans-abri.

Source Ma Vérité sur

Oui je commande : Acheter le livre