Association humanitaire de sapeurs - pompiers

Le sort des sans-abri suspendu au thermomètre

Publié le 24/02/15


Social. Des sacs de survie seront distribués aux sans-abri pour pallier le manque de places d’hébergement d’urgence en cette période hivernale. Une situation qui perdure.

​Beauvais. Le Samu social va à la rencontre des SDF devant la gare. Depuis que les températures ont un peu remonté, ce ne sont pas 72 places d’hébergement supplémentaires qui sont mises à disposition, mais 50. 

« LA POLITIQUE des températures est une politique inhumaine », ne décolère pas Thierry Velu, président du Groupe de secours catastrophe français (GSCF). Cette association humanitaire de sapeurs-pompiers commencera à fabriquer dès aujourd’hui des sacs de survie pour les sans-domicile-fixe de l’Oise. « Ils doivent être distribués dans les semaines à venir. » Les sans-abri y trouveront quatre kits : froid, santé, hygiène et utilité, ainsi que des affaires pour animaux de compagnie. Des sacs présentés comme une alternative face au manque de places d’hébergement pour les sans-abri. « Mais ce n’est pas une solution pérenne ! » s’agace le responsable.
 
Comme chaque hiver dans l’Oise, le plan d’urgence hivernale a été activé. L’objectif est simple : mettre à l’abri en période de grand froid les SDF en « débloquant » des places d’hébergement dites d’urgence. En plus des 239 places existantes toute l’année, d’autres sont donc « mobilisées » en fonction… de la température. Pour le niveau 1, activé depuis le 1 er novembre, 50 lits supplémentaires ont ainsi été ouverts (43 étaient occupés hier). Quelque 72 places de plus sont disponibles en niveau 2 (entre - 5 °C et - 10 °C), et 47 en niveau 3 pour des températures allant de - 10 °C à - 18 °C.
 
Il y a dix jours, au vu des températures, la préfecture de l’Oise a justement décidé d’abaisser le niveau de son plan, passant ainsi de 2 à 1. « Et c’est bien tout le problème car les SDF sont remis dehors. Mais quelle différence entre -5 et - 2 °C ? Et ce n’est pas nécessairement le froid qui tue : demandez à un SDF. Ce qu’il y a de plus terrible, surtout à ces températures, c’est l’humidité », dénonce Thierry Velu.
 
La situation est d’autant plus difficile à gérer que les places sont réparties de façon plus ou moins homogène sur l’ensemble du département alors que le nombre de SDF — et leur profil — varie considérablement d’un secteur géographique à l’autre. Le Bassin creillois voit par exemple arriver des sans-abri d’Ile-de-France. « Il arrive que les associations de ces secteurs leur conseillent de venir ici tenter leur chance », indique Stevens Duval, président du Samu social de l’Oise. Le Beauvaisis doit quant à lui faire face à un afflux important de sans-papiers en raison de la présence, à Beauvais, de la plate-forme régionale d’accueil des demandeurs d’asile. Conséquence, certains sont invités à passer d’une ville à l’autre en fonction des places disponibles.
 
Et la situation n’est pas près de s’arranger. Selon plusieurs associations, elle aurait même tendance à « empirer » : « On a de plus en plus de demandes et on en aura de plus en plus. Si, hier, nous ne nous occupions que de grands marginaux, aujourd’hui on a des travailleurs ou des familles entières », déplore Stevens Duval. Un avis partagé par Thierry Velu : « On n’est plus des travailleurs sociaux mais des travailleurs humanitaires. Il faut crier au secours. Que nos politiques nous écoutent ! »
 
Journal Le Parisien  Stéphanie Hancq 

« C’est la première fois que je suis traité comme ça »

Christophe, un sans-abri à Creil
S.H. Creil, début février. Christophe dénonce le manque de places proposées par le 115 : « Au mieux,on me propose d’aller à Compiègne ou de me donner une couverture de survie ! »

« C’est la première fois que je suis traité comme ça »

« Nous sommes des êtres humains ! J’ai le même sang que tout le monde », lâche Christophe. Blotti sous ses couvertures, sous un porche situé rue Jules-Juillet, ce sans-domicile-fixe de 43 ans est à bout. Voilà près de six mois qu’il est arrivé à Creil par hasard. « Je viens de La Rochelle (NDLR : Charente-Maritime) et je voulais me rendre à Lyon(Rhône). Gare du Nord, on m’a fait monter dans un train en direction de Creil. » Depuis, il dort dans la rue. « Ça fait dix-huit ans bientôt que je suis à la rue. J’en ai vu des villes et des squats. Mais c’est la première fois que je suis traité comme ça… Quand j’appelle le 115, la seule réponse qu’on me donne, c’est qu’on va m’inscrire au tableau. Quand ils passent dans leur camion, c’est à peine s’ils s’arrêtent. Au mieux, on me propose d’aller à Compiègne ou de me donner une couverture de survie ! », témoigne Christophe, résigné. « On lui a pourtant proposé plusieurs solutions, assure Stevens Duval, président du Samu Social de l’Oise. La difficulté que nous avons, c’est de trouver une place qui correspond au profil des demandeurs. » S.H. 

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