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Les limites de la tristesse :


« Oublié dans une voiture par son père, un bébé de 19 mois a été retrouvé mort mercredi à Béziers, dans l’Hérault. […] Les secours n’ont pu que constater le décès de la petite fille, qui remontait à quatre ou cinq heures avant leur intervention. La petite fille est morte de déshydratation. Selon Météo France, il faisait 27 degrés à Béziers dans l’après-midi, mais la température à l’intérieur d’un véhicule garé au soleil peut être beaucoup plus élevée. »

Cette dépêche publiée dans l’Express du 21 juin 2007 précise en outre que le drame a eu lieu dans une rue peu passante et que le père, au moment d’aller travailler à l’usine, avait eu «l’impression d’avoir oublié quelque chose ». Tous ceux qui ont entendu ce fait divers à la radio ou à la télévision ont été émus. La mort d’un individu est une tragédie.

Dès lors, on s’attend à ce que la mort de millions de personnes constitue un drame insoutenable, proportionnel au nombre. Voire. Est-on 800 000 fois plus triste en lisant les rapports sur le génocide au Rwanda qu’en ayant découvert la nouvelle de la petite fille de Béziers ? Des psychologues de l’Université de Vancouver, au Canada, ont montré que non. Ils ont réuni des volontaires qu’ils ont séparés en deux groupes. Les premiers devaient dire quel serait leur sentiment en apprenant qu’une dizaine de personnes avaient trouvé la mort dans une catastrophe (incendie d’un immeuble, accident de bus) ou bien en apprenant le décès de plusieurs milliers de personnes dans des inondations, par exemple. Ils ont le plus souvent affirmé qu’ils ressentiraient une détresse bien supérieure dans le second cas. Les volontaires du second groupe, quant à eux, ont lu des dépêches annonçant des catastrophes réelles, mettant en cause quelques personnes ou des milliers. Ils ont rempli des questionnaires évaluant leur détresse affective. On a constaté qu’il n’y avait aucune différence notable et que la détresse émotionnelle atteignait très rapidement un seuil, n’étant plus augmentée par un
accroissement du nombre des victimes. La peine n’est pas proportionnelle au nombre, ce que Staline avait résumé avec cynisme : « La mort d’un homme est une tragédie. La mort d’un million d’hommes est une statistique. »


Source :
E. Dunn et al., On emotional inumeracy : predicted and actual affective responses to grandscale
tragedies, in J. of Exp. Soc. Psych., à paraître
Extrait du magazine : Cerveau et psycho



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