Association humanitaire de sapeurs - pompiers

Manger des plantes, c’est la santé… et c’est gratuit !

Publié le 22 mars 2015


Vous voudriez nous faire manger des plantes ? Mais vous n’y pensez pas, nous ne sommes pas des vaches. C’est du passé tout ça, à l’heure du big Mac et des surgelés. Encore une mode d’écolos et de végétariens !

Si c’est une mode, elle est ancienne, car nous consommons des plantes sauvages depuis que nous sommes sur terre, ce qui représente quelque trois millions d’années. L’homme n’était pas qu’un chasseur, un carnassier, c’était aussi un cueilleur, vivant de toutes sortes de végétaux. Récemment, il n’y a « que » dix mille ans, l’agriculture a quelque peu modifié notre base alimentaire qui s’est portée sur les céréales et les légumineuses. Et au Moyen-Âge, les plantes ont été reléguées au rang de nourritures de pauvres, indignes des « honnêtes gens » : on préférait manger de la viande !

Nous en sommes encore à peu près là aujourd’hui : cueillir des plantes dans la nature pour se nourrir évoque un statut inférieur qui n’est guère souhaitable dans notre société hiérarchisée. Les beaux légumes cultivés, transformés par la main de l’homme ont nettement plus la cote. Et puis le sauvage inquiète : ne va-t-on pas s’empoisonner ou mourir d’une maladie transmise par un renard… ?

Pourtant, certains restaurateurs très en vue se sont intéressés à ces végétaux méprisés et ont contribué à les remettre sur le devant de la scène. Payer 300 euros pour aller manger des orties, ça fait classe ! Mais aussi, quelles saveurs subtiles ou puissantes, pour la plupart insoupçonnées.

Et ce n’est pas tout. L’analyse révèle que ces plantes, gorgées de nutriments, sont de véritables « pilules multivitamines » ! À l’heure où l’alimentation moderne se montre profondément carencée et où les compléments alimentaires font la fortune de quelques labos malins, cela vaut la peine de s’y pencher. On se rend compte alors qu’une plante aussi commune que l’ortie renferme huit fois plus de vitamine C que les oranges, trois fois plus de fer que les épinards, autant de calcium que le fromage et 7% de protéines de même valeur que les œufs, le poisson ou la viande. Étonnant, non ? Pourquoi ne le dit-on pas ? En outre, les végétaux contiennent des fibres qui favorisent le transit intestinal, des antioxydants qui ralentissent le vieillissement cellulaire et nombres d’autres éléments utiles à l’organisme, sans parler de leurs vertus médicinales.

Avantage supplémentaire, ces bonnes plantes sont gratuites et abondent un peu partout. On s’imagine souvent qu’il faut se rendre au fond des bois ou parcourir les prairies des montagnes pour s’approvisionner en légumes, en fruits ou en condiments sauvages, mais la moindre campagne en regorge et les villes également, aussi étrange qu’il puisse paraître.

J’ai commencé à récolter des plantes sauvages avec mes parents, il y a… plus de soixante ans. Et depuis une quarantaine d’années bien sonnée, je m’en nourris régulièrement et m’en porte à merveille. Je suis né à Paris, mais j’ai souvent vécu au fond des bois, me nourrissant de mes récoltes. Et elles m’ont sustenté lorsque j’errais sans un dollar en poche à New York ou à San Francisco. Quand je vivais encore dans notre capitale française, le RER m’emmenait en moins d’une heure dans des lieux sinon totalement naturels, du moins aptes à m’offrir ma provende végétale pour la semaine. Et depuis de nombreuses années, j’organise des sorties découvertes dans les bois de Boulogne et de Vincennes, toujours amusé des réactions des participants : « Quoi ? Il y a vraiment toutes ces plantes qui peuvent nous nourrir autour de nous ? Mais nous vivons dans un véritable garde-manger ! »

Oui, c’est exact. Reste à connaître et à reconnaître ces cadeaux comestibles de la nature. Je dispense mes connaissances sous forme de stages et d’ouvrages et je serais prêt à les partager avec des personnes qui pourraient les enseigner aux gens qui vivent dans la rue. Je sais de quoi je parle : j’ai moi-même dû chercher ma nourriture au cœur des villes et j’ai toujours pu équilibrer mon alimentation grâce à mes récoltes. C’est donc une contribution que je serais prêt à apporter pour améliorer la vie de ceux qui vivent dehors, qu’ils l’aient choisi ou non.

Mais le travail est vaste : non seulement faut-il former les personnes qui s’occupent des SDF, encore faut-il convaincre ces derniers de l’intérêt que présentent les végétaux. Retournez au tout début de mon article : si vous qui lisez ces lignes avez suffisamment d’ouverture d’esprit pour penser autrement, tant mieux. Mais avouez que ce n’est pas la majorité qui en est là. Donc le travail préliminaire consiste à faire prendre conscience les intéressés que se nourrir dans la nature n’a rien de dégradant, mais que c’est au contraire un moyen de prendre soin de soi, de se revaloriser... et de dire merci à la nature. J’aime cette phrase de Le Clézio que j’ai reprise comme titre pour un de mes livres : « Ce sont les plantes qui sauvent les hommes. »

François Couplan
www.couplan.com