Association humanitaire de sapeurs - pompiers

SDF L'HISTOIRE de Mathias, 24 ans

Publié le 15 décembre 2014


Un SDF témoigne sur Europe1 et décroche un entretien d'embauche

L'HISTOIRE - Mathias, 24 ans, vit à la rue depuis quelques semaines. Touchée par son interview, la direction de Lapeyre a souhaité le rencontrer.

Le lien s'est fait via les ondes d'Europe1. Après avoir témoigné dans un reportage diffusé sur notre antenne, un jeune SDF de Lille s'est vu proposer un entretien d'embauche. En attendant, peut-être, une bonne nouvelle, voici le fil des événements :

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>> 7 décembre : rencontre avec Mathias lors d'un reportage. A Lille, un reporter d'Europe1,Kévin Thuilliez, suit une dizaine de bénévoles du Groupe de Secours Catastrophe Français (GSCF). Ils proposent des kits de survie aux sans-abri qui n'ont pas accès aux hébergements d'urgence via le 115. Mathias, 24 ans, vient à là rencontre du petit groupe. Il est à la rue depuis quelques semaines.Il a tellement froid qu'il n'arrive plus à bouger les doigts. La veille, il a dormi dans des cartons et "s'est gelé toute la nuit". Lorsque les humanitaires lui donnent une couverture, une tente et des vitamines, il a les larmes aux yeux.

"J'aurai chaud, ce sera mieux que le froid. Il suffit que je me trouve un truc à l'abri. Avec ça, je survis. J'espère que je vais m'en sortir", confie-t-il au micro d'Europe1.

"On voit bien qu'il est complètement paumé. Là, il va dormir dehors", précise au micro Thierry Velu, président du GSCF, avant de renchérir : "il a travaillé, il veut vraiment s'en sortir. Il lui faut simplement un petit coup de pouce. Malheureusement, ces coups de pouces n'existent pas… et c'est ça qui est dommage parce que, dans un an, c'est une personne qui va perdre espoir et, malheureusement, peut-être parfois tomber dans l'alcool".

Pour lui, le basculement a eu lieu suite à une perte d'emploi, il y a deux ans. L'endettement, une rupture sentimentale et l'absence d'entourage familial ont fait le reste. "Un enchainement malheureusement classique", explique Thierry Velu.

Avant de quitter Mathias, les bénévoles lui laissent, en plus du kit, une radio pour qu'il puisse écouter de la musique et se sentir moins seul dans la rue. Un rendez-vous est fixé au samedi suivant (le 13 décembre) : Mathias connaît, en effet, des personnes qui pourraient aussi avoir besoin de ce kit.
 
>> 8 décembre : le coup de fil d'un patron. Le reportage de Kévin Thuilliez est diffusé le lendemain sur l'antenne d'Europe1. De l'autre côté du poste, Thomas Petuaud-Letang, le directeur général de Lapeyre, est touché par le témoignage du jeune SDF. Il laisse un message à la rédaction d'Europe1 : il souhaite proposer un entretien d'embauche à Mathias. Problème : comme la plupart des sans-abri, Mathias n'a pas de téléphone portable et ni le reporter d'Europe1, ni les bénévoles du GSCF ne savent où le trouver pour lui annoncer la nouvelle. Par chance, il y a ce rendez-vous prévu le 13 décembre…
 
>> 13 décembre : un entretien d'embauche improvisé dans un centre commercial. Le samedi du rendez-vous avec Mathias, les bénévoles de GSCF et le journaliste d'Europe1 arrivent en retard à l'endroit convenu. Mathias est déjà parti. Tout en distribuant leurs kits aux SDF, tout le petit groupe cherche le SDF. Mais c'est le marché de Noël, on est samedi et il y a foule dans les rues de Lille. Ils tournent des heures dans les rues de Lille sans trouver Mathias. Finalement, c'est après avoir quitté les bénévoles que le journaliste d'Europe1 tombe sur lui. Lorsqu'il lui annonce que le groupe Lapeyre lui propose un entretien d'embauche à la suite de son témoignage, Mathias est étonné. Le souci, c'est qu'à cause du froid, le jeune SDF a un peu bu.

Kévin Thuilliez appelle tout de même Franck Heintzé, le directeur de Lapeyre pour la métropole lilloise. Il arrive aussitôt. Un entretien d'embauche est improvisé dans un centre commercial tout proche. Le recruteur lui demande s'il avait déjà travaillé. Mathias répond qu'il a été chauffeur-livreur, il a fait des vendanges aussi. Est-il prêt à déménager ? "Pourquoi pas, cela dépend du contrat".

"C'est super si j'ai un boulot ! Je serais content, c'est ce qu'il me faut. Dans l'état où je suis, j'ai vraiment besoin d'un boulot ça me permettrait d'avoir quelque chose de stable", s'enthousiasme Mathias.

Le directeur de Lapeyre pour la métropole lilloise ne peut pas donner sa réponse tout de suite mais il espère être en mesure de l'aider à s'en sortir. "On voit qu'on est en face d'une personne qui est en situation difficile mais qui a envie de trouver du travail. Cela se ressent. Même si il est fatigué et qu'il a un peu de mal à s'exprimer, il a quand même cette lueur d'espoir dans son regard. C'est important et c'est intéressant", confie-t-il à Europe1.

Embauche ? Période d'essai ? Mathias n'aura la réponse que le samedi 20 décembre, quelques jours avant Noël… C'est le journaliste d'Europe1 qui lui transmettra la réponde de Lapeyre.
 
Quelle chance de s'en sortir ? Pour Thierry Velu, Mathias a plus de chance de "s'en sortir" que quelqu'un qui vit depuis "un, deux, trois ans dans la rue". Un boulot peut-il suffire pour le sortir de la rue ? "Là, il y a une phase d'euphorie… après, il y a la réalité. Un retour à l'emploi, ce serait bien mais sans logement c'est dur, travailler en étant à la rue, c'est compliqué", explique le directeur du GSCF. "Il a une chance de s'en sortir s'il est bien entouré, si les services sociaux le prennent en charge et le suivent", poursuit-il.

Et l'humanitaire de déplorer que l’État commence seulement à comprendre que "cela coûte bien moins cher à la société d'aider quelqu'un qui vient juste d'arriver dans la rue".

Source Europe 1
Photo site Europe 1 MAXPPP
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