Association humanitaire de sapeurs - pompiers


SDF : Lettre ouverte a Emmanuel MACRON - Président de la république Française

Villeneuve d'Ascq le 14/05/2017


 
Monsieur le Président de la République Française,

Je souhaite dans un premier temps vous féliciter pour votre élection à la Présidence de la République Française.

En accédant à la plus haute fonction de l’Etat, vous avez le devoir de protéger vos concitoyens.

Je ne vous apprendrai rien, Monsieur le Président de la République Française, en vous disant que des concitoyens meurent dans l'indifférence.

Ainsi, en ma qualité de Président – Fondateur du GSCF, je me permets de vous interpeler sur ce sujet, sujet sur lequel vos équipes de campagne ont omis de répondre malgré nos relances par courrier et appels téléphoniques.

Le Groupe de Secours Catastrophe Français (GSCF) a été créé en 1999. Le but principal de cette ONG de sapeurs-pompiers est d'intervenir dans des situations d'urgence lors de catastrophes naturelles et/ou humaines.

L'urgence étant à nos portes chaque hiver en France, nous avons mis en place en 2011 un sac d'accompagnement (kit de survie) en faveur des personnes vivant dans la rue.

A ce jour aucun de vos prédécesseurs n’a vraiment souhaité se pencher sur la prise en charge des personnes SDF.
Et  depuis toujours des promesses….et encore des promesses.

Nous n'avons pas oublié le "zéro SDF" promis par Lionel JOSPIN lors de sa campagne présidentielle de 2002 ; pas davantage les propos de Nicolas SARKOZY, en décembre 2006, à Charleville-Mézières : "Je veux que, d'ici à deux ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d'y mourir de froid. Parce que le droit à l'hébergement est une obligation humaine. Si on n'est plus choqué quand quelqu'un n'a pas de toit et qu'il est obligé de dormir dehors, c'est tout l'équilibre de la société qui s'en trouvera remis en cause."

En janvier 2008, encore, François Fillon en faisait un "chantier prioritaire". C'était après l'installation spectaculaire de tentes le long du canal Saint-Martin par Les Enfants de Don Quichotte.

Les mêmes discours, les mêmes paroles se répètent et  chaque année et en début d'hiver la France redécouvrira ses pauvres, s’inquiétant (à raison) de leur hébergement. Les sans-abri sont, malheureusement, devenus ce que le jargon des médias appelle « un marronnier ».

Mais à ce jour grâce à vos prédécesseurs  le seul changement constaté est l'accentuation du nombre de SDF.

Ils étaient 86 000 en 2001, selon l'Insee.  

A ce jour le nombre de personnes sans domicile (143 000 selon l'INSEE) a augmenté de 50%.  

Celui des personnes contraintes d'être hébergées par des tiers a grimpé de 19% entre 2002 et 2013.  


Et les personnes en situation de "surpeuplement accentué" (lorsqu'il manque 2 pièces ou plus au logement) sont de plus en plus nombreuses: +17% entre 2006 et 2013. 
 
Nous estimons pour 2017 et 2018 une augmentation du nombre de personnes contraintes de vivre à la rue.
Nous pourrions diminuer la pauvreté en France et éviter l’accentuation des personnes qui vivent à la rue.  24 % des sans-abri francophones travaillent mais le plus souvent occupent des emplois « très précaires ». 

Le logement est un droit et pourtant ce droit est un oubli en France. 

Pire : on dépense des millions d’euros avec l’argent des contribuables pour assister voire régler des hôtels bien souvent insalubres. 

Si nous supprimions la pauvreté et logions l’ensemble des personnes à la rue, cela coûterait moins cher. 

8 jours de dépenses dans un hôtel permettraient de loger une famille de 3 personnes dans une maison pendant 1 mois. (Loyer moyen en France : 614 euros charges comprises). 

Le risque de développer une maladie mentale est multiplié par dix quand on vit dans la rue. Et pourtant on ne change rien. 

Une personne à la rue a un impact financier important sur la société : elle se rend aux urgences, au centre médico-psychologique, en prison, dans des structures d'hébergement temporaire, elle mobilise des services publiques: pompiers, policiers, samu social,… La rue est une prison et un combat quotidien inhumain, et après quelques années passées à la rue, il est impossible de s'en sortir sans séquelle. 

En France, des personnes qui travaillent, avant de commencer leur mois, ont à peine 50 euros pour vivre. La suppression de la TVA sur les produits alimentaires de première nécessité ne serait-elle pas un pas en avant ?  Privilégier les producteurs locaux en mettant des règles de marges sur ces produits à la revente pourrait être une autre piste. 

Alors oui, il existe des solutions. 

Aujourd'hui Monsieur le Président de la République,  je vous sollicite pour un acte fort concernant les personnes  que nous appelons SDF et vous demande un  accord pour déposer sous trois mois un rapport concernant la prise en charge des personnes SDF.
 
J’espère que votre équipe évitera de m’adresser une lettre bateau du style : « merci de votre courrier, Monsieur le Président de la République, attentif à votre inquiétude a chargé… et nous souhaitons vous féliciter pour vos actions ».
 
Avant le premier tour des élections législatives, j’effectuerai un communiqué de presse, en fonction ou pas de votre réponse.

Vous avez le pouvoir et le devoir de faire changer les choses et d'agir en faveur de ces victimes de la rue en témoignant d’un geste fort qui n’en restera pas à un effet d'annonce.

Recevez, Monsieur le Président de la République, l’expression de mon plus profond respect.


Thierry VELU
Président – Fondateur  du
Groupe de Secours Catastrophe Français