Antarctique: un volcan se réveille sous la glace après 2 000 ans d’inactivité

C’est un peu par hasard que des chercheurs ont découvert, sous le glacier de l’île du Pin, dans l’ouest de l’Antarctique, les preuves d’une activité volcanique en cours.

En traçant des gaz rares dans les eaux, ces chercheurs espéraient simplement mieux comprendre le rôle de l’océan dans la fonte du plateau de glace de l’ouest de l’Antarctique. Mais ils ne pensaient pas tomber sur des quantités relativement importantes d’hélium 3 du côté du glacier de l’île du Pin. Or, l’hélium 2 est un indicateur de volcanisme.

Selon les mesures réalisées,il existerait dans cette zone une source de chaleur volcanique qui peut être qualifiée d’active, car 25 fois plus importante que ce que l’on pourrait attendre d’un volcan éteint.

Mais alors, cette source de chaleur explique-t-elle la fonte rapide de cette partie du plateau de glace? Les chercheurs assurent que non. “De nombreuses preuves montrent que le réchauffement climatique cause la majeure partie de la fonte des glaces” explique Bruce Loose, océanographe à l”université de Rhode Island. “Il est trop tôt pour se prononcer quant à l’impact de cette source de chaleur, car nous ignorons encore sa distribution exacte.”

Il est cependant à noter que l’amincissement de la couche de glace dû au réchauffement climatique lève une partie de la pression exercée sur le manteau terrestre. Et augmente ainsi l’intensité de la chaleur volcanique qui s’échappe, réchauffant les eaux alentour.

Le continent Antarctique est à 98% recouvert d’une couche de glace de 1.2 km d’épaisseur en moyenne, ce qui n’a pas empêché quelques volcans d’y apparaître par le passé. Sur la terre Marie Byrd, dans la partie occidentale, il existe par exemple une chaîne volcanique visible en surface qui s’étend linéairement selon un axe nord-sud, sachant que l’âge des volcans qui la composent décroît dans cette direction.

A l’extrêmité septentrionale de l’Executive Committee Range se trouve le pic Whitney, apparu voici 13.7 millions d’années, tandis que le mont Waesche est sorti de terre il y a moins d’un million d’années à l’extrémité méridionale. Depuis lors, aucun indice trahissant une éventuelle activité magmatique n’a été trouvé… jusqu’à la mise en place par des scientifiques d’un réseau de sismographes entre 2007 et 2010.

Son but premier était de récolter des informations sur les mouvements des plaques impliqués dans la formation et l’expansion du grand rift ouest-antarctique, mais il a finalement servi à autre chose.

En février 2010 et mars 2011, les détecteurs ont enregistré deux essaims sismiques caractérisés par des ondes étonnamment lentes. Intrigués, des chercheurs ont décidé d’exploiter les sismographes pour localiser la source des vibrations et en déterminer la cause. Un volcan inconnu jusqu’alors serait actif ou en passe de le devenir sous plus d’un kilomètre de glace.

Les ondes sismiques ont été générées entre 25 et 40 km de profondeur, à environ 55 km au sud du mont Waesche. Détail curieux, cette localisation se trouve exactement dans l’alignement de l’Executive Comittee Range, là où l’on pourrait s’attendre à voir apparaître un nouveau volcan au vu de l”histoire géologique de la région. La source n’a pas été identifiée avec certitude, mais plusieurs éléments suggèrent qu’il s’agirait de mouvements de magma propres à ceux observés sous des volcans, parfois à l’approche d’une éruption.

Par ailleurs, des données géomagnétiques ont confirmé l’existence d’un léger renforcement du champ magnétique terrestre au niveau de la zone concernée. De plus, une cartographie radar a révélé un gonflement à la surface du sol. Or, ces deux phénomènes trahissent régulièrement l’existence d’une activité magmatique dans la croûte terrestre.

Selon les scientifiques, une éruption pourrait survenir à tout instant, mais elle aura peu de chances de faire fondre l’épaisseur de la glace qui surplombe le volcan. Attention, cela ne signifie pas qu’elle sera sans conséquence. La chaleur dégagée par la libération de la lave pourrait faire fondre la calotte glaciaire par en-dessous, ce qui générerait beaucoup d’eau, au point de lubrifier anormalement le mouvement descendant de la glace en direction de l’océan.

Ainsi, s’il entre en éruption, le volcan pourrait insidueusement participer à l’élévation du niveau des mers, avec une importance qui reste à déterminer.

 

Source: futura planète