Journée mondiale de sensibilisation aux tsunamis 5 novembre

En cette journée mondiale de sensibilisation aux tsunamis, nous revenons sur le tsunami de la fin d’année 2004.

GSCF Tsunami Phuket

Le 26 décembre 2004, à 0 h 58 GMT (7 h 58 heure locale à Jakarta et Bangkok), un séisme sous-marin d’une violence inouïe frappait l’Asie du Sud-est.

Un nouveau mot entra dans notre vocabulaire : « tsunami ». Ce 26 décembre, nous étions tous devenus Asiatiques, comme nous fûmes Américains en septembre 2001, et comme nous fûmes également Asiatiques le 6 août 1945 à Hiroshima…

Cette catastrophe dévasta les rives de l’océan Indien, en Asie, mais aussi en Afrique, engendrant des centaines de milliers de blessés et de morts, et fragilisant dans un même temps les moyens de subsistance de millions de personnes vivant, bien souvent, dans des conditions de vie déjà précaires.

Alerté une heure après les faits, le Groupe de Secours Catastrophe Français (GSCF), fidèle à sa mission d’aide aux victimes, répondit présent et dépêcha, dans un premier temps, une équipe de secours à destination de Phuket, en Thaïlande.

GSCF Tsunami Phuket

Cette action fut suivie d’autres : une mission pour prodiguer des soins aux blessés de Banda Aceh (Indonésie), l’opération « Pour le sourire d’un enfant » (Smile and Care, « sourire et soigner »), une mission de secours sur l’île de Nias, et, à la demande des familles demeurant au Sofitel de Khao Lak, une mission d’évaluation.

Le drame du 26 décembre 2004 était différent : la catastrophe touchait en même temps les touristes et les autochtones. Le nombre élevé de victimes chez les Occidentaux contribua au retentissement planétaire de la catastrophe survenue dans des pays paradisiaques, en pleine période de Noël. La couverture médiatique qui couvrit l’événement fut d’une dimension exceptionnelle. Aurait-elle été si importante si la catastrophe s’était limitée à ne faire des victimes que parmi les populations asiatiques ?

Nous ne saurons jamais réellement combien de morts entraîna cette catastrophe. Plusieurs des villes et des villages qui se trouvaient dans des régions éloignées, mais touchées, ne connaissaient pas de véritable recensement.

Le plus lourd bilan fut effectué près de l’épicentre du séisme.

26 décembre 2004, une catastrophe évitable ?

De nombreux scientifiques connaissaient les risques d’un important tsunami dans la région où survint celui du 26 décembre 2004, et ils continuent à avertir des risques de nouveaux tsunamis.

Le tsunami 2004 fut provoqué par un décalage important d’une partie d’une ligne bien connue. L’épicentre du séisme de ce 26 décembre se situait au large de l’île de Sumatra, plus précisément à 250 km au sud/sud-est de la ville de Banda Aceh, et à une profondeur de dix kilomètres. Le foyer se situait, quant à lui, plus en profondeur, à trente kilomètres exactement, au niveau d’une région très sensible : une zone de friction entre les plaques tectoniques indo-australienne et eurasienne.

L’histoire rappelle qu’il y a 50 millions d’années, la plaque indo-australienne est en effet entrée en collision avec la plaque eurasienne. Au cours des années, la tension entre les deux plaques s’accumule et, lorsque celle-ci devient trop forte, l’énergie est brutalement libérée sous forme de séismes. La libération d’énergie produite le 26 décembre 2004 fut d’une rare violence. La zone du séisme s’est ainsi soulevée brusquement d’une vingtaine de mètres, déplaçant à son tour la colonne d’eau située à sa verticale. Une série de vagues s’est alors formée à la surface, très rapides (500 à 800 km/h), d’une très grande longueur d’onde, mais peu élevées. Le tsunami s’est propagé concentriquement depuis la verticale de l’épicentre sous-marin, touchant, à des degrés divers, la plupart des côtes de l’océan Indien.

Détection

Grâce aux satellites, l’alerte peut être donnée plusieurs heures à l’avance, pour permettre l’évacuation les zones côtières.

Il n’existe aucun moyen de se protéger des tsunamis lorsqu’ils sont déclenchés. En revanche, la prévention est possible. En effet, si les séismes sont pratiquement impossibles à déceler, les tsunamis le sont. Les géologues savent détecter sur tout le globe, et mesurer très facilement grâce à des capteurs, les séismes lorsqu’ils surviennent, tant sur terre qu’au fond des océans. Il est donc techniquement possible de prévoir le passage d’un tsunami quelques dizaines de minutes, voire quelques heures, avant son arrivée effective.

Un système d’alerte coordonné semble avoir cruellement fait défaut dans l’océan Indien en 2004.

L’alerte

L’alerte reste l’un des éléments primordiaux, notamment lors de l’arrivée d’un tsunami. Selon le contexte et l’organisation du pays, le nombre de victimes ne sera pas le même. Dans le domaine de l’alerte, un phénomène bien connu place en évidence l’inégalité entre les pays riches et les pays pauvres.

Ce 26 décembre 2004, du fait de la rapidité de la vague à atteindre les côtes, il était impossible de donner l’alerte en Indonésie. Ce n’était pas le cas dans d’autres pays. Des mesures auraient dû être prises. En effet, si nous observons la chronologie des faits, c’était possible.

– 00 h 58 TU, en Indonésie. Les premières informations du Bureau de géophysique de Jakarta font état d’un séisme d’une magnitude 6,4 sur l’échelle ouverte de Richter, qui frappe le nord de l’île indonésienne de Sumatra. Il est alors presque 1 h du matin en temps universel, soit 7 h 58 en Indonésie.

L’épicentre est localisé dans l’océan Indien, à 250 km au sud-est de Sumatra.

Les données évolueront jusqu’à aboutir à une magnitude de 9.

– 01 h 14 TU, à Hawaï. Publication d’un bulletin du centre d’alerte sismique d’Hawaï, qui vient d’enregistrer la secousse au large de Sumatra.

Trente minutes après le séisme à Sumatra, la province indonésienne d’Atjeh est frappée par un tsunami dont les vagues atteignent près de dix mètres de haut.

C’est la zone la plus dévastée par le raz-de-marée. Proches de l’épicentre, les côtes des îles indiennes d’Andaman et de Nicobar, dans le golfe du Bengale, sont parmi les premières touchées par les vagues géantes.

– Moins d’une heure après le séisme, en Thaïlande, les plages de rêve du Sud, comme Phuket, Khao Lak ou Phi Phi, sont à leur tour atteintes par les murs d’eau. La pointe méridionale de la Birmanie, frontalière de la Thaïlande, est ensuite touchée. Les secousses du séisme sont également ressenties dans le sud du Bangladesh.

– Presque deux heures après le séisme, au Sri Lanka, les vagues balayent plus de 800 km de côtes, du nord-est au sud, détruisant tout sur leur passage.

Dans le même temps, en Inde continentale, les vagues surviennent au petit matin, tout particulièrement sur la côte est, dans l’état méridional du Tamil Nadu. Protégée par Sumatra, la Malaisie est relativement épargnée. Des secousses sont ressenties à Singapour.

– 04 h 00 TU, le raz-de-marée touche l’archipel des Maldives. Les deux tiers de la capitale, Malé, sont inondés, ainsi que la plupart des 1 192 îlots.

– 04 h 21 TU, en Indonésie, un autre séisme de magnitude 5,7 est enregistré au sud de l’archipel.

– Vers 7 h TU, les côtes de l’Afrique de l’Est sont atteintes. La Somalie et la Tanzanie sont particulièrement touchées, mais avec beaucoup moins de violence que les pays d’Asie.

– Vers 9 h TU, l’île Rodrigues, puis l’île Maurice et La Réunion sont atteintes par de fortes vagues, qui provoquent quelques dégâts, mais pas de victimes.

Afin de permettre de sauver des vies, il est donc essentiel que les pays disposent tous de moyens d’alerte aux populations, selon les risques majeurs qui les concernent (alerte ouragan, alerte tsunami…).

Et après ?

Le tsunami du 26 décembre 2004 ne fut pas la première catastrophe mondiale ni la plus meurtrière. Mais ce fut sans doute la plus médiatisée.

Comme après les événements du 11 septembre 2001, les médias se sont très vite emparés du phénomène tsunami. Personne ne resta insensible à cette terrible catastrophe sans précédent et à l’élan de solidarité qui en découla. Grâce aux médias, nous pûmes découvrir l’horreur.

En faisant un scoop de la misère, en transformant en spectacle un drame parmi tant d’autres, en médiatisant abondamment le tsunami, les médias réveillent le peuple. Ils permettent à certains d’ouvrir les yeux et de verser une larme, et s’offrent ainsi bonne conscience.

Video : Expertise sur le site de l’hôtel SOFITEL à Khao-lak (Juin 2005)

Mais que se passe-t-il ensuite ?

Il reste impossible d’éviter que se produise un phénomène naturel. Cependant, ses conséquences sur le plan humain pourraient être sinon évitées, du moins atténuées.

En complément de leurs actions de secours, les pompiers humanitaires du GSCF travaillent à des actions de développement en amont d’une catastrophe. Ces actions sont certes moins médiatisées, mais nous travaillons pour l’avenir, afin de donner des moyens aux pays vulnérables, mais aussi pour être prêts quand la catastrophe arrive.

En cette journée du 5 novembre, nous nous rappelons cette fin d’année 2004. Nous avons une pensée pour les milliers de victimes et nous n’oublierons jamais les regards des parents, des familles que nous avons croisées sur place à la recherche des leurs.  

D’ici à 2030, près de la moitié de la population mondiale vivra dans des zones côtières exposées aux inondations, aux tempêtes et aux tsunamis.

Nous avons besoin de vous à nos côtés. FAIRE UN DON

Texte extrait du livre de Thierry Velu, Le jour où la mer a tué