L’amère leçon des incendies californiens

Alors que la Californie est à nouveau ravagée par des incendies d’une ampleur inégalée dans l’histoire de l’Etat, un changement de stratégie s’impose dans la lutte contre les feux de forêt.

Près de 80 morts et plus de 1000 personnes portées disparues, selon un dernier bilan.

La Californie brûle, une nouvelle fois. Ces dernières semaines, des milliers de bâtiments ont été réduits en cendres à la suite de plusieurs incendies, parmi les plus destructeurs de l’histoire de l’Etat américain.

Ces feux ne sont qu’un nouvel épisode d’une série d’incendies de grande ampleur: en Grèce, en juillet dernier, où les flammes ont tué 99 personnes; au Portugal, au Chili ou encore en Australie.

Les feux de forêt semblent se multiplier. Pourquoi?

Conditions climatiques extrêmes

Les incendies qui ravagent la Californie sont le fruit d’une conjonction de facteurs, climatiques, sociaux et écologiques.

Dans cette région du globe, le bois s’avère hautement combustible, car la sécheresse prolongée est associée à une humidité très basse et à une température de l’air excessivement élevée. Ce temps très sec permet aux feux de se propager librement. Autour de conditions extrêmes caractéristiques du changement climatique en cours.

Outre le bois desséché qui joue un rôle de combustible, les puissants vents saisonniers venus du désert – El Diablo et Santa Ana – facilitent l’expansion rapide des feux le long du pacifique.

La faible densité de logements dans la région, combinée à une végétation inflammable, a d’autre part créé les conditions idéales pour que se répandent des incendies destructeurs. La dispersion de la population dans la zone facilite en effet le démarrage à tout moment dun feu de forêt: d’un problème sur les lignes électriques à une négligence ou même un acte criminel, la probabilité d’incendies est encore accrue dans un contexte climatique sensible.

Des décennies sans feux de forêt ont en outre créé des réserves de bois en mesure d’alimenter des feux d’une forte intensité. Mais que ces combustibles brûlent à la fin de l’automne se révèle tout à fait inquiétant.

Dans des conditions climatiques propices aux incendies, es feux de forêt sont susceptibles d’engloutir des communautés entières, se propageant de maison en maison; les communautés humaines deviennent le “combustible” de ces feux. Les banlieues, par exemple, peuvent brûler au rythme d’une maison par minute.

Approche “militaire” 

La réponse classique à ces feux de forêt consiste à les combattre agressivement, avec une approche militaire: de petites armées de pompiers et des avions répandent du retardateur de flammes et saturent les foyers d’eau. Une telle méthode coûte extrêmement cher: la dépense annuelle en matière de lutte anti-incendie  augmente d’ailleurs constamment.

Si de telles approches jouissent en général du soutien de la population et des autorités, cette stratégie s’avère insoutenable sur le plan économique. Et elle est totalement impuissante face au changement climatique, qui génère des incendies désastreux tels que ceux auxquels nous assistons actuellement en Californie.

Au sein de la communauté scientifique spécialisée sur le sujet, il existe une prise de conscience croissante sur le fait que cette stratégie de guerre a totalement échoué.

Une cohabitation durable entre les hommes et les terres inflammables implique de mieux gérer les matières combustibles dans les zones habitées et, avant tout, de prévenir le démarrage des feux de forêt.

L’exemple méditerranéen

L’Espagne et le Portugal l’illustrent bien; sur ces terres méditerranéennes, les humains ont peuplé de façon durable des terres inflammables depuis des milliers d’années. Mais l’exode rural généralisé qui a suivi la Seconde guerre mondiale a généré la prolifération d’une végétation susceptible de brûler, végétation auparavant contenue par une agriculture de subsistance conduite à petite échelle.

A cause de la perte de ces cultures traditionnelles, les pays méditerranéens connaissent aujourd’hui des incendies dramatiques – comme en Grèce en 2018, au Portugal et en Espagne en 2017 – d’une ampleur équivalente à ceux connus sur des paysages habités depuis moins longtemps, comme en Australie et sur le continent américain.

Il semble que la même histoire se répète dabs la plupart des paysages inflammables de la planète: le retrait de la gestion traditionnelle des terres par la colonisation et la globalisation s’associe  aux modifications climatiques pour transformer ces zones en véritables poudrières.

Réapprendre à vivre avec le feu

Nous pouvons adapter certaines pratiques traditionnelles susceptibles de nous aider à mieux cohabiter avec le feu.

Dans les pays méditerranéens, de nouvelles approches sont expérimentées: par exemple, utiliser les forêts pour la production de liège et de bioénergie, conduire des feux préventifs et mettre en place des zones de pâturage.

Ces pratiques peuvent recréer des paysages pittoresques, résistants au feu et faciles à préserver. De même, en Australie, le gouvernement de l’Etat de Victoria a mis en place dans les forêts des sortes de clairières coupe-feu; ces dernières ont été utilisées pour protéger les communautés locales lors des feux dramatiques de 2009, baptisés “Black Saturday”.

Aucune société ne cohabite aujourd’hui de façon véritablement durable avec les feux de forêt. A l’échelle mondiale,dans le contexte du réchauffement climatique, la situation empire: en résultent des coûts astronomiques pour la lutte anti-incendie, la destruction de propriétés, mais surtout le décès de nombreuses personnes. C’est la leçon amère qu’il faut malheureusement tirer des terribles incendies californiens.

 

 

Source: la tribune