Le séisme de magnitude 7.5 en Indonésie s’est propagé à une vitesse interdite

 

Sur les autoroutes géologiques aussi il existe des limitations de vitesse. Et le séisme de Palu, qui a frappé l’Indonésie le 28 septembre dernier, ne les a pas respectées.

Ce tremblement de terre, qui a été suivi d’un tsunami meurtrier, est ainsi devenu un de ces séismes hors-normes, appelés “supershear”, que les scientifiques ont rarement eu l’occasion d’observer.

4.1 km/s sur plus de 150 km : telle est la vitesse de propagation du séisme de magnitude 7.5 survenu en Indonésie en septembre 2018, déterminée par une équipe de chercheurs internationale. Ces résultats, qui apportent également un éclairage sur le trajet de la faille, ont été publiés dans la revue scientifique Nature Geoscience.

Les tremblements de terre se produisent lorsque les roches situés de part et d’autre d’une faille tectonique se déplacent brusquement dans des directions opposées. La faille produit alors deux ondes sismiques principales : les ondes “S”, qui cisaillent les roches et se propagent à environ 3.5 km/s, et les ondes “P”, qui compriment les roches et se propagent plus rapidement, à environ 5 km/s.

Les observations géophysiques montrent que les tremblements de terre se propagent généralement soit plus lentement que les ondes “S”, soit presque aussi vite que les ondes “P”.

Les séismes plus rapides que les ondes “S”, appelés “supershear”, sont très rares et peuvent produire de très fortes secousses. Seuls quelques uns ont été observés. Ils se sont produits sur des failles remarquablement rectilignes, sortes d'”autoroutes géologiques” qui présentent peu d’obstacles à la propagation.

Un domaine de vitesse “interdit”

Grâce à une analyse haute résolution des données sismologiques, les chercheurs ont identifié la vitesse de propagation  du tremblement de terre : 4.1 km/s. Une vitesse inhabituelle, puisque comprise entre la vitesse des ondes “S” et celle des ondes “P”.

“C’est la première fois que l’on observe cette vitesse de rupture de manière aussi stable” soulignent les géologues. “Ce séisme entre donc dans le domaine de vitesse “interdit” et peut être considéré comme un événement “supershear” , même si’l n’est pas aussi rapide que les précédents.”

En analysant les images optiques et radar enregistrées par des satellites spécialement chargés d’observer les conséquences du séisme, les chercheurs ont ensuite déterminé le trajet de la faille. Ils ont constaté que la faille n’était pas rectiligne – elle présentait au moins deux courbes majeures – et qu’elle avait décalé le sol de plus de 5 mètres à travers la ville de Palu.

“Ce trajet, présentant des obstacles importants, aurait dû réduire la vitesse de propagation, mais elle s’est maintenue à 4.1 km/s le long des 150 km de rupture” s’étonne l’équipe.

Vers une meilleure anticipation des séismes futurs ?

Ces résultats défient les modèles actuels de tremblements de terre? Ils pourraient aider les chercheurs et les pouvoirs publics à mieux se préparer aux événements futurs. “Dans les modèles classiques de tremblements de terre, les failles vivent dans des roches intactes idéalisées” précise le rapport.

“Les failles réelles sont enveloppées dans une couche de roches fracturées et ramollies par les tremblements de terre précédents. Des ruptures à des vitesses qui sont inattendues sur des roches intactes peuvent en réalité se produire sur des roches déjà endommagées, parce que les ondes sismiques s’y propagent plus lentement”.

Le séisme de Palu pourrait ainsi constituer le premier test de ces modèles récents. Des études de l’architecture de la faille et de sa zone de roches endommagées doivent pour cela être réalisées.

Puisque l’impact d’un séisme dépend fortement de sa vitesse, les chercheurs suggèrent d’étendre ces études à d’autres failles dans le monde, afin de mieux anticiper les effets du séisme.

Les sapeurs-pompiers humanitaires du GSCF s’étaient rendus à Palu, suite à ce séisme meurtrier qui avait été suivi d’un tsunami dévastateur : lire le rapport

 

Source: futura planète