Les pompiers dénoncent « la privatisation des secours »


Les syndicats de pompiers et les représentants des pompiers volontaires demandent dans une lettre, la fin du protocole régissant les interventions entre SAMU, SDIS et ambulances privés.

Les pompiers dénoncent « la privatisation des secours »
Département 71 Saône et Loire

Cela n’arrive pas tous les jours, mais dans un courrier adressé à Jean-François Nicolas, président du conseil d’administration du SDIS, l’intersyndicale des sapeurs-pompiers (Avenir-Secours, CFDT, CGT, SASPP et SNSPP) et les représentants des sapeurs-pompiers volontaires sortent de leur réserve. Ils décrivent des situations « ubuesques » dans l’organisation des secours d’urgences, comme par exemple la « décision d’engager une ambulance privée pour porter assistance à un sapeur-pompier blessé en service dans la cour même de l’école départementale des pompiers de Saône-et-Loire ». Ce que veulent en fait dénoncer dans leur lettre, les soldats du feu, c’est le protocole tripartite signé le 15 février dernier à la préfecture de Saône-et-Loire. Le texte redéfinissait entre le SAMU, les pompiers et les ambulanciers privés, le rôle de chacun concernant le secours aux victimes. Après avoir testé les nouvelles règles pendant plusieurs mois, les pompiers dénoncent aujourd’hui cet accord. Ils estiment que, trop souvent, la régulation du centre 15 – à qui revient la responsabilité d’envoyer SAMU, ambulances ou pompiers – fait appel aux ambulances privées plutôt qu’aux camions rouges. Pour les signataires de la lettre : « La privatisation des secours d’urgence est donc en cours dans notre département, au détriment des victimes, pour lesquelles nous, sapeurs-pompiers, nous sommes toujours attachés à préserver l’intérêt avant tout. »

Les pompiers demandent la fin du protocole

Ces mots font écho aux propos tenus par le docteur Nicolas, le 15 juin dernier à Montceau lors de la journée nationale des sapeurs-pompiers. Le président du conseil d’administration du SDIS 71 n’avait alors pas hésité à parler « de dysfonctionnements dans la sollicitation des moyens de secours par le centre 15 ». Il disait aussi son « impression que le SAMU et certains de ses régulateurs se transforment en lobbyistes des intérêts de transporteurs privés » et tonnait : « Les pompiers ne sont pas des bouche-trous que l’on envoie quand ça n’intéresse pas le privé. » En prenant la plume, les hommes de terrain ont donc voulu soutenir la prise de position ferme de leur président. Dans sa lettre, l’intersyndicale des pompiers s’estime « à la merci des décisions incompréhensibles et surtout non contestables prises par quelques médecins siégeant au SAMU de Chalon. » Les soldats du feu assurent avoir de leur côté joué le jeu de la transparence pour faciliter le secours d’urgence, mais, selon eux, la régulation du 15 n’a pas produit les mêmes efforts.
Les signataires se défendent aujourd’hui de vouloir relancer une guerre entre les « rouges » et les « blancs » mais demandent au président de leur conseil d’administration « qu’il soit mis un terme à ce protocole très restrictif quand à l’engagement des sapeurs-pompiers […] et qui n’a plus lieu d’être à compter du moment où l’un de ses acteurs n’en respecte pas les fondements. » Les pompiers de Saône-et-Loire souhaitent ainsi que « le SDIS retrouve son rôle d’acteur majeur du secours aux victimes » et pour cela ils prônent « une large communication » autour des numéros d’urgences que sont le 18 et le 112. Selon eux, « il s’agira par là de rappeler à la population qu’en composant ces numéros, elle peut indéniablement compter sur une réponse adaptée au degré de sa demande. » Une position qui ne risque pas d’être très appréciée chez les médecins régulateurs du SAMU.

Déjà la fin du beau « ménage à trois » ?

L’intersyndicale des pompiers avait déjà évoqué au printemps dernier cet épineux problème lors d’un entretien avec le préfet. Et la semaine dernière, Rémi Chaintron, président du conseil général a interpellé le représentant de l’État en séance de l’assemblée départementale. Il s’inquiétait de voir des ambulances privées intervenir sur des lieux publics et demandait au préfet de « mettre un peu d’ordre ». Le préfet s’est contenté de répondre : « Si corrections il doit y avoir, on trouvera des ajustements. » En février, son prédécesseur avait qualifié le protocole de « ménage à trois équilibré où chacun a sa place et où on a besoin de tout le monde ». La lune de miel n’aura pas duré longtemps…

Source  : Le journal de Saone et Loire