Nord et Pas-de-Calais : insultés, menacés, agressés… l’irrespirable quotidien des sapeurs-pompiers

 

Image d’illustration du GSCF

Dans la région, et plus particulièrement dans le Nord, peu de casernes de pompiers sont épargnées par les agressions physiques et verbales. Les derniers chiffres indiqueraient même une augmentation des violences.

Le traumatisme est parfois difficile à surmonter pour ces soldats du feu, qui retournent pourtant rapidement en intervention, parfois “la boule au ventre”.

“Les insultes, c’est devenu quotidien. On laisse souvent passer. Les agressions physiques, c’est beaucoup plus difficile à vivre.” Le témoignage de ce pompier nordiste en dit long sur ce que vivent  les soldats du feu.

Sans minimiser le poids d’une agression verbale, il alerte sur le sentiment d’insécurité ressenti “par de nombreux collègues.” “C’est simple, je ne connais pas une seule équipe de sapeurs-pompiers qui soit épargnée. C’est de pire en pire depuis 5 à 10 ans.” , constate celui qui a mis plusieurs mois à “passer à autre chose”.

Dans le Pas-de-Calais, un autre pompier agressé craint que la réputation de son métier ait changée : “On vient pour aider les gens. Avant, on avait une certaine côte de popularité. Maintenant, on a plus l’impression de représenter une autorité.” 

Et dans la grande majorité des incidents recensés ces deux dernières années, c’est la personne secourue , ou un proche, qui devient l’agresseur.

Des situations souvent imprévisibles

C’était encore le cas fin janvier, à Ghyvelde (59), quand trois pompiers ont été agressés par un automobiliste et son frère, alors qu’ils venaient secourir le conducteur, victime d’un accident.

En décembre 2017, des pompiers roubaisiens avaient été violemment attaqués à coups de marteau, à Wattrelos, alors q’ils venaient prendre en charge une jeune femme victime d’un malaise.

“C’est plus prévisible quand on intervient sur un lieu où se trouve un individu violent. Mais, la plupart du temps, on ne peu pas du tout s’y attendre” regrette un pompier du Nord. “Bien souvent, l’alcool est un facteur” ajoute-t-il. “Les gens sont en détresse. Ils ne savent pas qui appeller alors ils appellent le 18. Et parfois, le ton monte quand on arrive sur place”.

Des suivis psychologiques

Face à la situation, le service départemental d’incendie et de secours (SDIS) du Nord assure toujours la protection fonctionnelle des agents en service et les incite à porter plainte. Le SDIS 59 ne souhaite plus rien laisser passer, considérant qu’il n’y a pas d’incivilité mineure.

Outrages, crachats, menaces, délits ou agressions physiques devraient ainsi faire l’objet d’une enquête judiciaire. Les procédures augmentent, mais tout n’est pas signalé, loin de là. “Beaucoup n’ont pas envie de porter plainte, car ça fait malheureusement partie du quotidien” constate un pompier du Pas-de-Calais.

“On est loin d’être seuls” rassure un autre soldat du feu agressé récemment. Comme nombre de ses collègues, il a bénéficié d’un suivi psychologique. Mais lors des interventions suivantes, les souvenirs resurgissent, et la crainte s’installe.

 

Source : la voix du nord