Violences Urbaines Les sapeurs-pompiers en premières lignes

Violences Urbaines Les sapeurs-pompiers en premières lignes
Les attaques constatées dans la nuit de la Saint-Sylvestre, en particulier à Mulhouse, sont sans précédent. Des guets-apens avec caillassage, des jets de cocktails Molotov. Si heureusement aucun pompier n’a été blessé, deux véhicules sont hors d’usage. Aujourd’hui, la profession monte au créneau et tire la sonnette d’alarme.

« Je suis un maire en colère. On a voulu tuer et je ne mâche pas mes mots, ici à Mulhouse, des pompiers qui faisaient leur travail. J’ai rencontré ces pompiers et pour la première fois j’ai vu des hommes marqués, émus par ce qu’ils avaient pu vivre le soir de la Saint-Sylvestre. Oui je suis un maire en colère parce que j’avais alerté et que je pense que compte tenu de cette alerte les autorités publiques auraient dû en tenir compte. Je suis un maire qui connaît sa ville, ses quartiers et il y avait nécessité à prendre en compte cette alerte. Nous avons eu effectivement des effectifs de policiers mobiles supplémentaires pour la St-Sylvestre. Fin novembre j’avais le cabinet du ministre en ligne pour lui demander de nous apporter des effectifs bien avant pour préparer cette nuit. Et il est vrai qu’aujourd’hui je suis en colère parce que la sécurité n’a pas de prix. Aujourd’hui nous devons aller plus loin parce que la délinquance a évolué. Le soir de la Saint-Sylvestre, nous avions quatre quartiers qui ont réagi en même temps avec les mêmes techniques : des guets-apens, des tirs de mortiers, des pavés dans les vitres des véhicules de secours ; des véhicules de secours empêchés avec les hommes à bord d’aller faire leur travail et de porter secours aux citoyens mulhousiens », déclare a qui veut l’entendre Jean Rottner, le premier magistrat de Mulhouse.

« Nous ne serons pas les moutons que l’on mène à l’abattoir »

L’arrivée depuis jeudi soir (et jusqu’au 28 février) d’une compagnie et demie de forces de l’ordre mobiles devrait calmer les esprits. Pourtant le malaise chez les pompiers est perceptible. L’intersyndicale CGT-FO du SDIS 68 dans un communiqué ne cache pas sa colère : « Nous ne serons pas les moutons qu’on mène à l’abattoir », avertissent les syndicats CGT et FO du Service départemental d’incendie et de secours du Haut-Rhin. « La violence, où plutôt l’ultra violence des faits qui ont été perpétrés contre nos collègues nous font nous interroger sur le devenir de l’activité des sapeurs-pompiers dans cette ville de Mulhouse. Depuis une dizaine d’années, nous n’avons pu que constater la dégradation de nos conditions d’intervention au mieux dans un climat tendu et, de fait, peu propice à l’exécution de nos missions, au pire dans un contexte de guérilla urbaine comme lors de la nuit du 31 décembre ».

Pour François Meyer et Richard Beaume, délégués syndicaux CGT et FO pompiers du Haut-Rhin, « les comptes rendus d’interventions et les dégâts occasionnés à nos véhicules prouvent qu’une étape a encore été franchie à Mulhouse. Cet été déjà, des actes inqualifiables ont été perpétrés durant trois semaines contre les sapeurs-pompiers (guet-apens avec caillassage, utilisation de cocktails Molotov et d’armes à feu). »

« Quelle réponse a été apportée ? M. Valls, ministre de l’Intérieur, s’est déplacé jusqu’à Mulhouse en septembre en promettant le retour à l’ordre républicain partout et en annonçant le classement de trois quartiers mulhousiens en ZSP (Zone de Sécurité Prioritaire)… Discours type déjà maintes fois entendu (Villepin en 2004 au Drouot, Sarkozy en 2006, etc.). Juste un petit rappel, le fait d’avoir été classés en ZUS (Zone Urbaine Sensible) pour six quartiers mulhousiens, et ce dès 1996, n’a strictement pas enrayé la montée en puissance des violences urbaines… La ville de Mulhouse est devenue en grande partie une zone de non droit, au sein de laquelle nous sommes tenus d’intervenir coûte que coûte.
« Il arrivera un moment où nous n’interviendrons plus… »

Si certains élus bien-pensants s’acharnent à affirmer que les pompiers sont uniquement visés parce qu’ils sont des représentants des institutions, nous les invitons à venir constater les dégâts sur nos véhicules. L’objectif des individus qui ont lancé des pavés de plusieurs kilos à une distance de trois mètres est on ne peut plus clair : tuer ! »

Et l’intersyndicale d’avertir : « Nous n’avons quasiment pas de droit de retrait et devons faire face à notre obligation de porter secours. Il arrivera un moment, vu les circonstances, où nous n’interviendrons plus. Il y a une limite à tout ! Nous savons que notre métier est dangereux, nous nous entraînons pour en minimiser les risques, mais le comportement irrationnel de ces individus est imprévisible et a des conséquences directes sur la population mulhousienne. Briser le pare-brise d’une ambulance (qui se rendait pour secourir une personne en arrêt cardiaque !) en est un exemple flagrant. Même en temps de guerre ce type de véhicule est préservé ! Les pompiers de Mulhouse sont en colère, une colère sourde qui menace. Alors, Messieurs les élus et représentants de l’État, réagissez avant qu’il ne soit trop tard ! », concluent la CGT et FO.

Source : Internet DNA