Un séisme de magnitude 7,4 a frappé l’ouest de la Colombie ce lundi matin. Beaucoup me demandent déjà si le GSCF part. Voici ma lecture, à chaud, avec la prudence qu’impose une situation encore incomplète.
La profondeur pèse lourd, mais elle n’explique pas tout
Dans nos premières informations publiées ce lundi, le foyer était situé à 82 kilomètres de profondeur. Le bulletin actualisé du Service géologique colombien le place désormais à 96 kilomètres, à 20 kilomètres de San José del Palmar. Ces valeurs continueront de bouger, c’est normal : les paramètres d’un séisme se stabilisent sur plusieurs jours. Ce qui est acquis, c’est que nous ne sommes pas sur un séisme superficiel.
Cela compte. À magnitude égale, un foyer profond diffuse l’énergie sur un territoire immense et frappe de façon inégale, tandis qu’un foyer proche de la surface concentre la destruction. Mais je me garderai d’en faire une loi. La profondeur n’est qu’un facteur parmi d’autres : la distance à la rupture, les effets de site liés à la nature des sols, la durée et l’intensité des mouvements du sol, et surtout la vulnérabilité du bâti. Deux villes situées à la même distance d’un même épicentre peuvent connaître des sorts très différents. C’est ce que montrent déjà les remontées : une secousse ressentie jusqu’en Équateur et au Panama, mais des effondrements concentrés sur Pereira, Manizales, Cali et Quibdó.
La comparaison avec le Venezuela demande de la prudence
Elle circule beaucoup, parce que les magnitudes se ressemblent. Le double séisme du 24 juin dernier au Venezuela a fait plus de 5 000 morts selon les bilans consolidés. En Colombie, plusieurs heures après la secousse, les autorités locales dénombrent quelques dizaines de victimes.
Ce n’est pas un motif de soulagement. Des personnes sont encore sous les décombres, plusieurs villes n’ont pas terminé leur reconnaissance et les bilans vont s’alourdir. Je me refuse simplement à annoncer un chiffre d’arrivée alors que des zones entières restent imparfaitement évaluées.
Le signal le plus parlant n’est pas dans les chiffres
Le maire de Pereira a demandé l’appui de Bogotá et de Medellín. Il a cherché du renfort à l’intérieur de son pays. La Colombie dispose d’unités de sauvetage-déblaiement, d’une agence nationale de gestion des risques qui a immédiatement armé un poste de commandement unifié, et d’une véritable culture du risque sismique. Un État qui gère avec ses propres moyens ne lance pas d’appel international.
Pourquoi nous n’engageons personne à ce stade
Depuis 1999, nous appliquons une règle simple : une organisation de secours ne s’autodéploie pas. Elle intervient quand les besoins sont établis et quand son concours est demandé ou accepté par les autorités du pays touché. Une équipe qui se présente sans y avoir été appelée pèse sur un dispositif déjà saturé : elle occupe des capacités de transport, mobilise de l’hébergement, de l’eau et du carburant qui manquent aux secours locaux, et complique la coordination sur zone. Elle consomme des moyens au lieu d’en apporter.
Ce que je surveille dans les prochaines heures
Mon attention ne va pas à Cali, où les moyens de secours et les médias sont déjà positionnés, mais au Chocó. Ce département compte parmi les plus pauvres du pays : bâti vulnérable, réseau routier limité, aéroport de Quibdó fermé. Les premières informations y font état de dommages, mais l’évaluation reste partielle et évolutive. Si une localité isolée s’y révélait détruite et privée d’accès, la physionomie de l’événement changerait rapidement.
La gouverneure du Chocó a par ailleurs raison d’alerter sur les répliques. Elles constituent le danger immédiat des jours qui suivent : elles achèvent les structures déjà fragilisées et surprennent les habitants qui regagnent trop tôt leur logement. Tant que les bâtiments n’ont pas été diagnostiqués, ils doivent être considérés comme dangereux.
Notre position à cette heure : surveillance renforcée et cellule de crise ouverte, sans engagement annoncé tant qu’un besoin international n’est pas clairement identifié et accepté. Nos pensées vont aux familles colombiennes et aux secouristes qui travaillent en ce moment sous les décombres.
Thierry Velu
Président-Fondateur du GSCF, auteur de Le Mystère des Séismes et de Répondre à la catastrophe, manuel stratégique du sauvetage-déblaiement sismique.






