Tribune · Sécurité civile et préparation des territoires
Thierry Velu Président-Fondateur du Groupe de Secours Catastrophe Français (GSCF)
En août, en Colombie, un séisme de magnitude 7,4 a fait plus de deux cents morts, plus d’un millier de blessés et des milliers de personnes portées disparues. À des milliers de kilomètres, dans nos départements, l’été 2026 restera comme l’un des plus durs jamais connus : plus de 42 000 hectares partis en fumée dès la mi-juillet, un record. Deux images, un même enseignement : la catastrophe ne prévient pas, et lorsqu’elle frappe, ce sont les premières heures qui décident du reste.
Depuis 1999, je vois se répéter le même scénario. Après le feu vient l’eau, après le séisme vient le déblaiement, et après l’urgence vient le moment le plus difficile : celui où des familles ont tout perdu et où une commune, seule, doit tenir. Ce moment-là ne s’improvise pas. Il se prépare. Et la bonne nouvelle, c’est que les outils pour le préparer existent déjà : encore faut-il s’en saisir.
Le premier rempart est communal
On l’oublie souvent : face à la crise, le maire est en première ligne. La loi Matras du 25 novembre 2021 l’a d’ailleurs consacré en étendant l’obligation d’élaborer un plan communal de sauvegarde (PCS) à un bien plus grand nombre de communes, et en créant le plan intercommunal de sauvegarde (PICS). L’échéance est concrète et proche : les intercommunalités concernées doivent avoir élaboré leur plan intercommunal de sauvegarde au plus tard le 26 novembre 2026.
Ce n’est pas une formalité administrative de plus. Un plan communal de sauvegarde, c’est savoir à l’avance qui alerter, où héberger, comment nourrir, éclairer et rassurer une population coupée du monde pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures. Un PICS, c’est organiser la solidarité entre communes voisines quand l’une d’elles est submergée. J’y ajoute un outil trop peu utilisé : la réserve communale de sécurité civile, qui permet à des citoyens volontaires de prêter main-forte, sous l’autorité du maire, quand tout le reste est saturé. Une commune qui a fait ces trois choses n’est pas à l’abri de la catastrophe. Mais elle ne la subit plus passivement : elle sait quoi faire.
Le renfort : notre réserve de matériel
Le GSCF n’a pas vocation à se substituer aux services départementaux d’incendie et de secours. Notre rôle est celui d’un renfort exceptionnel, mobilisable quand l’événement dépasse les moyens ordinaires. C’est le sens de notre réserve de matériel d’urgence : un stock organisé en treize catégories (épuisement, déblaiement, éclairage, production d’énergie, protection des intervenants), pensé pour les besoins réels d’une commune sinistrée, et prêt à partir dès qu’une commune en fait la demande.
Aujourd’hui, ce sont environ un million d’euros de matériel prépositionnés ; nous visons plus de trois millions d’ici fin 2027, avec deux extensions en cours : l’une dédiée aux feux de forêt, l’autre aux interventions nautiques en cas d’inondation. Cette réserve vient en appui direct du plan communal de sauvegarde. Quand une pompe, un groupe électrogène ou un lot d’éclairage arrive vite, il peut faire la différence entre une commune qui redémarre et une commune qui s’enfonce.
Le cap : notre projet national 2027
Nous voulons aller plus loin avec notre projet national 2027 : un centre national dédié aux catastrophes, réunissant en un même lieu nos capacités opérationnelles, notre réserve de matériel et un centre de formation spécialisé. Préparer nos équipes, stocker ce qu’il faut là où il faut, et partir vite : voilà l’ambition.
Face à la catastrophe, chaque heure compte, chaque décision compte, chaque vie sauvée compte.
Ce projet, le GSCF le porte. Le lieu d’implantation sera nécessairement un site où le département gagnera autant que la commune, avec un équipement d’intérêt national et une capacité de secours à sa porte. Et si un département, une intercommunalité ou une commune souhaite s’y associer, nous accueillerons ce soutien avec reconnaissance. Nous recherchons ce partenaire territorial dès à présent.
La décision finale interviendra le 15 septembre 2026. Le délai est court, mais le GSCF n’a pas attendu : dès 2024, nous alertions les collectivités et les SDIS, dans les colonnes de La Gazette des communes, sur la nécessité d’installer des réserves opérationnelles. Il y a aujourd’hui urgence. Au-delà du matériel complémentaire qu’il nous faut déployer, ce sont dix recrutements supplémentaires et l’ouverture d’un centre de formation qui en dépendent.
Ce centre répond déjà à une attente : plusieurs pays souhaitent y envoyer leurs pompiers se former, notamment au sauvetage-déblaiement dans le cadre des séismes.
Ce que je demande aux élus
Je n’écris pas pour ajouter une inquiétude à un été déjà lourd. J’écris parce que la préparation est le seul terrain où nous gardons l’initiative. Alors, très concrètement, aux maires et présidents d’intercommunalité qui me liront : mettez à jour, ou élaborez, votre plan communal de sauvegarde et votre PICS avant l’échéance de novembre ; activez une réserve communale de sécurité civile ; et sachez que la réserve du GSCF est là, en appui, le jour où l’ordinaire ne suffira plus. Je vous invite d’ailleurs à télécharger la fiche PCS du GSCF : vous pouvez y demander du matériel, en gardant à l’esprit que cette réserve est prioritairement destinée aux communes partenaires du GSCF.
Le risque de catastrophe n’est pas une hypothèse théorique. La seule variable sur laquelle nous pouvons réellement agir, c’est notre degré de préparation. Ne l’attendons pas les mains vides.
Aujourd’hui, les cartes sont dans les mains des collectivités. Nous, nous sommes prêts. Et prêts à nous installer.
Le Groupe de Secours Catastrophe Français (GSCF) est une ONG de pompiers humanitaires spécialisée dans le sauvetage-déblaiement (USAR), engagée depuis 1999. Thierry Velu est l’auteur de Répondre à la catastrophe et de Tout peut changer en une minute, ce dernier en accès libre.






